Le Sahel est l’une des régions les plus jeunes du monde : 64,5% de la population a moins de 25 ans. Les investissements dans l’éducation, la formation professionnelle et le soutien aux jeunes entrepreneurs sont des facteurs clés pour la construction d’un avenir meilleur. Selon une étude de la Banque Mondiale sur les défis de l’emploi publié en Mars 2019, au cours des 10 prochaines années, près de 600 millions de personnes seront à la recherche d’un emploi, principalement dans les pays les plus pauvres. Chaque année au Mali, 300 000 jeunes arrivent sur le marché de l’emploi et selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT) en 2018, 27% des jeunes maliens entre 15 et 24 ans n’avaient pas d’emploi et n’étaient ni étudiants, ni en formation. L’OIT révèle également que 61% des travailleurs sont à leur propre compte (auto-emploi) et 64% des personnes actives évoluent dans le secteur agricole.

Situation du marché de l’emploi dans le Sahel aujourd’hui

Le défi de l’emploi est d’autant plus complexe qu’il se pose déjà avec acuité aujourd’hui. Dans les pays les plus pauvres, bien des travailleurs sont cantonnés dans des emplois informels, faiblement rémunérés et peu productifs, le plus souvent en dehors de toute activité officielle et soumise à l’impôt. Dans le contexte d’une urbanisation rapide, Bamako est la ville Africaine avec le plus haut taux de croissance urbaine, et la sixième globalement et, d’après l’ONEF, regroupant près de 50% des emplois créés dans le secteur privé au Mali au 2eme trimestre de l’année 2017. La ville attire un grand nombre de migrants internes à la recherche d’emplois, mais beaucoup parmi eux ne possèdent pas les compétences requises pour un grand nombre de postes. Par conséquent, beaucoup se retrouvent marginalisés et leurs chances de contribuer à la croissance économique de leur pays sont minimes.

Selon une étude de la Banque Mondiale sur les défis de l’emploi en Mars 2019, «Créer des emplois productifs et utiles pour cette main-d’œuvre abondante exige une croissance et une transformation de l’économie permettant aux travailleurs d’évoluer vers des activités plus productives, à la faveur d’un secteur privé dynamique et de politiques publiques de soutien». Plusieurs initiatives de développement, majoritairement mises en place par des organisations internationales visent à corriger ce phénomène qui endigue le développement économique du Sahel. Le manque apparent d’initiative par des acteurs et organisations Africaines souligne le besoin pour des projets créés et menés par les acteurs locaux pour renverser cette tendance de dépendance sur l’intervention d’acteurs internationaux pour résoudre des problèmes locaux. 

L’emploi au Sahel en 2030

Selon le Cadre du G7 pour la création d’emplois décents pour les jeunes ruraux au Sahel, les pays du Sahel connaissent les taux de croissance démographique les plus élevés au monde, entre 3,3 % pour le Mali et 3,9 % pour le Niger en 2014. De tels taux signifient que la population des pays concernés doublera d’ici 2030, quel que soit le scénario d’évolution de la fécondité. Selon la baisse plus ou moins rapide de celle-ci, la population pourrait être multipliée par près de 3 d’ici 2050. La population Malienne atteindrait ainsi entre 44 et 49 millions d’habitants à cette échéance. Pour répondre à la poussée de la jeunesse dans la région du Sahel et à leur entrée sur le marché du travail au cours de la prochaine décennie, il est nécessaire de créer un environnement économique, politique, social et institutionnel propice à la création et au maintien de possibilités d’emplois viables et décents pour les jeunes tout en améliorant les emplois existants.

Selon le PNUD Mali, les ODD visent à encourager une croissance économique soutenue en tirant la productivité vers le haut et en innovant sur le plan technologique. À ce titre, il est déterminant de promouvoir des politiques qui favorisent l’entreprenariat et la création d’emplois, de même que des mesures efficaces pour abolir le travail forcé, l’esclavage et la traite humaine. Pour ce qui est de ces cibles, l’objectif consiste à parvenir au plein emploi productif et au travail décent, pour tous les hommes et toutes les femmes, d’ici 2030.

Selon une étude Dell, en 2030, le monde du travail pourrait se diviser en deux catégories : d’un côté les nouveaux métiers du numérique, et de l’autre, les groupes de métiers liés au numérique et la robotisation.  «Le troisième moteur pour l’emploi de demain : le climat». À elle seule, la lutte contre le réchauffement climatique devrait créer 24 millions d’emplois dans le monde, selon l’Organisation Internationale du travail (OIT), donnée particulièrement pertinente pour le Sahel, qui est doté d’une capacité de production d’énergie solaire parmi les plus élevées au monde.

Travailler, ce sera d’abord savoir se réinventer, selon France Stratégie dans son rapport Prospective des Métiers et Qualifications à l’horizon 2030. Au-delà du diplôme, les employeurs seront particulièrement attentifs à la polyvalence et le fait d’acquérir de nouveaux savoirs. Aussi, après la formation et des expériences professionnelles, la personnalité du candidat et ses compétences comportementales (travail en groupe, résistance au stress…) entrent en ligne de compte. Mais une évolution en appelle une autre et les candidats repensent aussi la notion de travail. Dans les années à venir, la source de revenus ne sera plus liée à un seul emploi. La clé de la réussite réside déjà dans les compétences transversales et la capacité d’apprendre tout au long de sa vie. 

Sahel 2030

Plus nombreuses dans le secteur informel donc plus à risque, il est essentiel de soutenir les évolutions législatives destinées à favoriser l’accès des femmes au foncier, au crédit et plus largement aux opportunités de développement économique. Le rapport «Prospective des Réalités Sahéliennes 2030» de Thierry Hommel évalue  les potentialités d’intégration et de développement économiques d’un espace Saharo-sahélien comprenant les huit pays que sont le Burkina Faso, la Côte-d’Ivoire, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Tchad à Horizon 2030.

Selon ledit rapport, l’espace sahélo-saharien fait l’objet d’une attention prospective croissante. La confluence d’enjeux traditionnels de développement (lutte contre la pauvreté et l’accès aux services de base), de problèmes environnementaux (désertification, érosion de la diversité biologique, épuisement des ressources naturelles), la résurgence de problèmes sécuritaires (présence de groupes islamistes radicaux dans l’espace sahélien) et la permanence de problématiques migratoires, de trafics et de défis humanitaires en font une zone d’observation stratégique, un terrain d’expérimentation et de mise en œuvre de projets divers.

Selon le Rapport d’Information n° 728 du Sénat sur “Repenser l’aide publique au développement dans le Sahel”, les pays du Sahel pourraient s’intégrer dans l’économie mondiale en s’appuyant sur des points forts enfin mis en valeur (secteur minier exploité de manière durable au bénéfice des populations locales, agriculture à la productivité améliorée fournissant un coton de qualité à l’exportation ainsi que des textiles transformés au sein même des pays producteurs, percée dans le domaine des énergies renouvelables, en particulier dans le secteur de l’énergie solaire, intégration progressive du secteur informel à l’économie légale et création de multiples PME capables d’employer une partie significative de la jeunesse, etc. Afin de réduire la vulnérabilité aux crises sécuritaires et humanitaires, il est nécessaire de se projeter à long terme pour envisager ce que pourrait être le Sahel de l’avenir s’il parvenait à se développer.

Conclusion

Bâtir un meilleur futur pour la région du Sahel est un défi pour tous les pays de cette région. Pour réussir, il faudra créer des emplois productifs et de qualité pour des centaines de millions de travailleurs supplémentaires, bâtir un avenir économique meilleur pour les pays et offrir à toutes ces personnes les débouchés dont elles ont besoin pour sortir de la pauvreté. Pour accélérer cette transformation économique, les pays doivent s’intégrer aux marchés, aux moyens d’infrastructures et de chaînes de valeur solides, renforcer les compétences des travailleurs et les capacités des entreprises, et créer un environnement propice à l’investissement privé. Cette transformation doit aussi être inclusive et offrir des possibilités à tous, notamment aux femmes, aux jeunes et aux groupes défavorisés.

Références

https://unowas.unmissions.org/sites/default/files/french_summary_report.pdf

https://www.un.org/africarenewal/fr/magazine/%C3%A9dition-sp%C3%A9ciale-sur-la-jeunesse-2017/le-ch%C3%B4mage-des-jeunes-%C3%A0-l%E2%80%99ombre-de-la-croissance

http://peresblancs.org/chomage_jeunes_africains.htm

https://www.ml.undp.org/content/mali/fr/home/sustainable-development-goals/goal-8-decent-work-and-economic-growth.html

https://www.un.org/africarenewal/fr/sahel/le-sahel-une-terre-d%E2%80%99opportunit%C3%A9s

https://www.elysee.fr/admin/upload/default/0001/05/be0f219a80d8846ad48d124293d00b2579e5159c.pdf

https://www.ilo.org/africa/information-resources/fact-sheets/WCMS_652220/lang–fr/index.htm

https://www.futuribles.com/viewer/pdf/8885

https://blogs.worldbank.org/fr/voices/le-defi-de-l-emploi-est-plus-redoutable-que-jamais-dans-les-pays-les-plus-pauvres